Dans notre bibliothèque, une nouvelle venue attire le regard : la maquette de L’Astrolabe. Derrière ses voiles et sa silhouette élégante se cache une histoire fascinante, faite de découvertes scientifiques, de voyages autour du monde… et d’un mystère maritime qui passionna toute l’Europe.
Son histoire résonne particulièrement pour nous, puisque notre bibliothèque est située rue La Pérouse.
De La Coquille à L’Astrolabe
Le navire que nous admirons aujourd’hui sous la forme d’une maquette n’est pas né sous le nom d’Astrolabe. Construit en 1811, il s’appelait d’abord La Coquille. Cette corvette de la Marine française, longue d’une trentaine de mètres et armée de quatorze canons, fut rapidement choisie pour des missions d’exploration scientifique.
Après un premier voyage autour du monde sous le commandement de Louis Duperrey, le navire fut confié en 1826 au navigateur et savant Jules Dumont d’Urville. C’est alors qu’il changea de nom pour devenir L’Astrolabe. Ce choix n’était pas anodin : il rendait hommage à un autre navire, disparu presque quarante ans plus tôt avec l’expédition de La Pérouse.
Dumont d’Urville, explorateur et scientifique
Jules Dumont d’Urville appartient à cette génération d’explorateurs du XIXᵉ siècle qui voyaient la mer comme un immense laboratoire. À bord de L’Astrolabe, il embarque des hydrographes, des naturalistes, des médecins et des dessinateurs.
L’expédition de 1826-1829 sillonne le Pacifique : Nouvelle-Zélande, Tasmanie, Fidji, Nouvelle-Guinée, îles Carolines et nombreuses terres encore mal connues des Européens. Les marins relèvent les côtes, corrigent les cartes et rassemblent des collections considérables de plantes, de roches et d’observations ethnographiques. Dumont d’Urville rapportera des milliers d’échantillons scientifiques et contribuera même à distinguer plusieurs grands ensembles culturels du Pacifique, popularisant les termes Mélanésie et Micronésie.
Quelques années plus tard, lors d’une seconde grande campagne menée avec L’Astrolabe et La Zélée, Dumont d’Urville se dirige vers les mers australes. Entre 1837 et 1840, l’expédition explore les régions antarctiques et prend possession pour la France d’une terre baptisée « Terre Adélie », en hommage à son épouse Adèle.
Le mystère de La Pérouse
Mais pour comprendre pourquoi L’Astrolabe porte ce nom, il faut remonter à la fin du XVIIIᵉ siècle.
En 1785, le navigateur Jean-François de Galaup, comte de La Pérouse, quitte Brest sur ordre de Louis XVI avec deux frégates : La Boussole et… un premier Astrolabe. Son expédition doit explorer le Pacifique, compléter les connaissances géographiques et rapporter des observations scientifiques. Après plusieurs années de navigation, les deux navires disparaissent mystérieusement après leur départ d’Australie en 1788.
La disparition frappe les esprits. La légende raconte que, la veille de son exécution en 1793, Louis XVI aurait encore demandé : « A-t-on des nouvelles de Monsieur de La Pérouse ? »
Pendant des décennies, nul ne sait ce qu’il est advenu des marins.
Vanikoro : retrouver les traces d’un drame
Lors de son voyage dans le Pacifique, Dumont d’Urville apprend qu’un capitaine, Peter Dillon, a découvert des objets pouvant provenir des navires de La Pérouse.
Il décide alors de se rendre à Vanikoro, dans l’archipel des îles Salomon.
Là, parmi les récifs, l’équipage de L’Astrolabe retrouve des ancres, des débris et des vestiges confirmant enfin le destin tragique de l’expédition disparue : les navires de La Pérouse avaient fait naufrage sur ces côtes en 1788. Dumont d’Urville recueille plusieurs pièces et fait ériger un monument à la mémoire des marins disparus.
Ainsi, L’Astrolabe de Dumont d’Urville ne fut pas seulement un navire d’exploration : elle fut aussi un bateau de mémoire.
Une maquette qui raconte une histoire
La maquette aujourd’hui exposée dans notre bibliothèque ne représente donc pas seulement un beau voilier du XIXᵉ siècle.
Elle raconte l’histoire d’hommes partis mesurer le monde, comprendre les océans et explorer des territoires lointains. Elle évoque aussi l’un des grands mystères maritimes français, celui de La Pérouse, dont le souvenir demeure vivant jusque dans le nom de notre rue.
Entre L’Astrolabe et la rue La Pérouse, le lien est donc profond : celui d’une mémoire maritime faite de curiosité scientifique, d’exploration et d’hommage aux navigateurs qui ont marqué l’histoire.
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