Libellés

mardi 13 octobre 2026

Les chevaux de l'Afrique du Nord / E. Aureggio, 1893

 



Un témoignage sur le cheval nord-africain à la fin du XIXᵉ siècle


Consacré aux chevaux élevés en Afrique du Nord, cet ouvrage d’Eugène Aureggio constitue à la fois un document d’hippologie, une source sur l’élevage équin et un témoignage sur les savoirs vétérinaires de la fin du XIXᵉ siècle.

Eugène Aureggio, vétérinaire et spécialiste du cheval

Eugène Aureggio (1844-1924) est un vétérinaire militaire français dont les travaux portent principalement sur le cheval et la médecine vétérinaire. Son activité scientifique est déjà importante avant la publication de Les chevaux du Nord de l’Afrique. Il publie notamment des études consacrées aux maladies du cheval et aux pratiques vétérinaires.

En 1879, il reçoit ainsi une médaille d’or et un prix de 500 francs pour un mémoire consacré au traitement des lésions articulaires et tendineuses et des plaies par l’emploi de la glycérine. En 1880, il publie également une importante étude consacrée aux affections farcino-morveuses du cheval et de l’homme.

Son parcours de vétérinaire militaire explique en partie son intérêt pour le cheval, animal essentiel aux armées du XIXᵉ siècle. Les sources le présentent notamment comme vétérinaire dans différents régiments de cavalerie.

Observer et décrire les chevaux d’Afrique du Nord

Publié à Alger en 1893, Les chevaux du Nord de l’Afrique rassemble les observations d’Aureggio sur les chevaux rencontrés dans différentes régions d’Afrique du Nord. L’ouvrage s'intéresse notamment aux chevaux Barbes, Arabes et Arabe-Barbes.

Les descriptions sont particulièrement précises. Les animaux sont identifiés par leur origine géographique ou leur appartenance tribale et peuvent être accompagnés d'indications concernant leur âge, leur taille, leur robe et leurs caractéristiques physiques.

Les illustrations donnent ainsi à voir un véritable panorama du cheval nord-africain de cette époque : chevaux de la région d’Oran, de Sétif ou de Fès, chevaux appartenant à différentes tribus, mais aussi étalons et reproducteurs. Parmi eux figure par exemple Escargot II, cheval de la tribu des Harrars, acheté à Tiaret puis devenu reproducteur au haras de Blida.

Une autre planche représente un Barbe de la tribu des Medjers, âgé de dix ans et mesurant 1,47 m, tandis qu’une autre présente un Barbe de la région d’Oran, âgé de six ans et mesurant 1,52 m.

Une riche documentation iconographique

L’intérêt de l’exemplaire conservé à la bibliothèque tient également à son importante illustration. Les planches en noir et blanc permettent de comparer les différents types de chevaux décrits par l’auteur et témoignent des méthodes de description et de classification employées à la fin du XIXᵉ siècle.

L’ouvrage est également accompagné d’une carte en couleurs, qui vient compléter cette documentation en donnant une dimension géographique aux observations d’Aureggio.

Ces illustrations ne sont donc pas de simples ornements : elles participent pleinement à la démarche documentaire de l’ouvrage. Elles permettent de conserver la représentation que l’on se faisait alors des chevaux d’Afrique du Nord et de leur répartition géographique.

Un document sur les savoirs de son époque

Au-delà de l’hippologie, Les chevaux du Nord de l’Afrique peut être lu comme un document sur l’histoire des sciences et des savoirs vétérinaires. L’ouvrage témoigne de l’attention portée, à la fin du XIXᵉ siècle, à la sélection, à l’élevage et aux caractéristiques des différentes populations chevalines.

Il constitue également une source pour l’histoire de l’Algérie coloniale. Les descriptions d’Aureggio font intervenir des régions, des tribus, des haras et des pratiques d’élevage et reflètent le regard scientifique et administratif porté sur les territoires nord-africains dans le contexte colonial de l’époque.

Cette dimension historique invite aujourd’hui à replacer le texte dans son contexte de production, sans oublier que les catégories, les classifications et le vocabulaire employés par l’auteur appartiennent aux savoirs et aux représentations de la fin du XIXᵉ siècle.

📚Ouvrage consultable à la bibliothèque sous la cote In-4 2483 (Delafosse)






mercredi 16 septembre 2026

More Cape Flowers by a Lady : The Paintings of Arabella Roupell, 1964

 


 Notice patrimoniale et bibliographique

L’exemplaire conservé dans les collections de la bibliothèque constitue l’édition reliée de More Cape Flowers by a Lady: The Paintings of Arabella Roupell, publié en 1964 à Johannesburg par la South African Natural History Publication Company. L’ouvrage est accompagné d’un texte d’Allan Bird et reproduit un ensemble d’aquarelles botaniques réalisées au XIXe siècle par Arabella Elizabeth Roupell.

Récemment catalogué et intégré au SUDOC, cet exemplaire contribue à la visibilité d’un titre encore peu représenté dans les catalogues collectifs français, en particulier dans le domaine de l’illustration botanique sud-africaine.

Contexte de production des œuvres

Les planches reproduites dans cet ouvrage sont attribuées à Arabella Elizabeth Roupell, artiste et illustratrice botanique britannique active au XIXe siècle. Installée au Cap dans les années 1840, elle réalise une série d’aquarelles représentant la flore locale.

Ces œuvres sont initialement publiées en 1849 sous forme anonyme dans Specimens of the Flora of South Africa by a Lady, conformément aux conventions sociales limitant la reconnaissance publique des femmes artistes dans certains contextes éditoriaux du XIXe siècle.

L’œuvre de Roupell s’inscrit dans la tradition de l’illustration botanique scientifique, caractérisée par la précision morphologique et la volonté de documentation des espèces végétales, tout en conservant une dimension esthétique marquée.

Transmission, disparition et redécouverte

Après leur diffusion initiale, les œuvres originales connaissent une période de relative invisibilité dans les circuits scientifiques et éditoriaux. Leur redécouverte au cours du XXe siècle dans le cadre de recherches en histoire de la botanique conduit à leur revalorisation patrimoniale.

Cette redécouverte aboutit à la publication de l’ouvrage de 1964, qui vise à rendre accessible un corpus partiellement retrouvé de planches originales. Le texte d’Allan Bird accompagne les reproductions et en propose une contextualisation historique.

Caractéristiques éditoriales

L’édition reliée de 1964 s’inscrit dans la catégorie des ouvrages illustrés à vocation à la fois scientifique et patrimoniale. Elle reproduit des planches en couleur et participe d’un mouvement éditorial visant, au milieu du XXe siècle, à documenter et préserver des corpus d’illustrations naturalistes historiques.

Ce type de publication se situe à l’intersection du livre scientifique, du livre d’art et du document de conservation patrimoniale.

Intérêt pour les collections et signalement

L’intégration de cet exemplaire dans le SUDOC contribue à sa visibilité dans le cadre des catalogues collectifs de l’enseignement supérieur et de la recherche. Elle facilite son identification par les chercheurs en histoire des sciences, en histoire de l’art botanique et en études relatives aux productions naturalistes coloniales.

Au sein des collections de la bibliothèque, cet ouvrage constitue un exemple représentatif des documents hybrides associant valeur documentaire, intérêt iconographique et portée historique. Sa conservation et son signalement participent à la valorisation d’un corpus encore relativement peu diffusé dans les bibliothèques françaises.

Conclusion

More Cape Flowers by a Lady occupe une place particulière dans les collections patrimoniales de la bibliothèque en tant que témoignage de la production et de la transmission des savoirs botaniques illustrés. Son intérêt réside principalement dans sa valeur documentaire et dans son inscription dans l’histoire de l’illustration scientifique du XIXe siècle.

📚Ouvrage consultable à la bibliothèque sous la cote : In-Folio 687






mardi 7 juillet 2026

La Tunisie / Gaston Vuillier, 1896

 



📖 La Tunisie de Gaston Vuillier (1896)

Publié en 1896 aux éditions Alfred Mame et Fils, La Tunisie de Gaston Vuillier est un ouvrage illustré consacré à la Tunisie de la fin du XIXᵉ siècle. Il s’inscrit dans la production des grands livres de voyage et d’observation ethnographique de cette période.

👤 L’auteur

Gaston Vuillier (1845-1915) est dessinateur, écrivain et voyageur. Formé aux arts graphiques, il collabore à plusieurs revues illustrées et consacre une grande partie de son œuvre au voyage et à la représentation des cultures méditerranéennes.

Ses publications se distinguent par une forte dimension graphique : il réalise lui-même de nombreux dessins à partir de ses carnets de voyage, donnant à ses récits une valeur à la fois documentaire et artistique.

🌍 Un voyage en Tunisie

Dans cet ouvrage, Gaston Vuillier décrit la Tunisie telle qu’il la découvre à la fin du XIXᵉ siècle.

Il évoque les principales villes du pays, notamment Tunis, Kairouan et Sousse, ainsi que différentes régions et paysages, du littoral aux espaces plus désertiques du Sud.

Son récit s’attache également aux scènes de la vie quotidienne : marchés, artisanat, costumes, traditions et activités sociales, dans une approche descriptive proche de l’observation ethnographique.

🎨 Un ouvrage richement illustré

L’ouvrage se distingue par la richesse de son iconographie. Les illustrations, réalisées d’après les dessins de l’auteur, accompagnent le texte et en constituent un prolongement visuel essentiel.

Le soin apporté à l’édition, le grand format et la qualité des reproductions témoignent du savoir-faire des grandes maisons d’édition illustrées de la fin du XIXᵉ siècle.

📜 Un témoignage historique

Au-delà de son intérêt artistique, La Tunisie constitue un document important pour l’histoire de la représentation du territoire tunisien.

Il permet d’observer les paysages, les villes et certains aspects de la vie quotidienne tels qu’ils pouvaient être perçus à la fin du XIXᵉ siècle. Il reflète également le regard d’un voyageur européen sur les sociétés qu’il traverse, dans le contexte intellectuel de son époque.

✨ Un ouvrage remarquable

Par la qualité de ses illustrations et la richesse de ses observations, La Tunisie de Gaston Vuillier s’impose comme un témoignage exceptionnel du livre de voyage illustré.

Il occupe une place importante dans les collections patrimoniales en raison de sa valeur documentaire, artistique et historique.

📚Ouvrage consultable à la bibliothèque sous la cote : In-Folio 660


  




vendredi 12 juin 2026

La Chine. Mœurs, usages, costumes, arts et métiers, peines civiles et militaires, cérémonies religieuses, monuments et paysages… de B. de Malpière

 


🏮 Un voyage en Chine au XIXe siècle : un trésor des collections patrimoniales

Parmi les ouvrages remarquables conservés dans les collections de la bibliothèque figure une spectaculaire publication en deux volumes parue à Paris entre 1825 et 1827 :

La Chine. Mœurs, usages, costumes, arts et métiers, peines civiles et militaires, cérémonies religieuses, monuments et paysages… de B. de Malpière.

Publié chez Firmin Didot et Goujon & Formentin, cet ouvrage monumental témoigne de la fascination exercée par la Chine sur l’Europe du début du XIXe siècle.

📚 Une encyclopédie illustrée de la Chine

À une époque où les voyages restent rares et où l’Extrême-Orient demeure largement méconnu du public européen, les livres illustrés constituent une véritable fenêtre ouverte sur le monde.

Conçu comme une vaste synthèse descriptive, l’ouvrage aborde aussi bien :

  • les coutumes et la vie quotidienne ;
  • les arts et métiers ;
  • les cérémonies religieuses ;
  • les monuments et paysages ;
  • l’organisation politique et administrative de l’Empire chinois.

Le texte est accompagné de nombreuses lithographies coloriées à la main représentant temples, costumes, scènes de rue ou architectures traditionnelles.

Feuilleter ces volumes revient ainsi à découvrir la Chine telle qu’on la rêvait et la représentait dans la France de la Restauration.

🎨 Un livre d’art autant qu’un document historique

La richesse iconographique constitue l’un des grands attraits de l’ouvrage.

La page de titre mentionne plusieurs artistes et sources prestigieuses, parmi lesquels :

  • le père jésuite Giuseppe Castiglione ;
  • le peintre chinois Pu-Qua ;
  • le voyageur et dessinateur William Alexander ;
  • ainsi que plusieurs artistes français, dont Eugène Devéria.

Les lithographies coloriées, imprimées dans un grand format particulièrement spectaculaire, témoignent du raffinement des grands livres illustrés du XIXe siècle.

✒️ Qui était B. de Malpière ?

Les informations sur l’auteur demeurent aujourd’hui relativement limitées.

Les catalogues bibliographiques anciens mentionnent parfois le nom de D. Bazin de Malpière. Il ne semble toutefois pas avoir été un grand voyageur ou un sinologue de terrain, mais plutôt un auteur-compilateur.

Son travail consiste à rassembler textes, récits, dessins et documents provenant de différentes sources européennes et asiatiques afin de proposer au public français une vaste synthèse consacrée à la Chine.

Cette démarche est caractéristique de l’orientalisme savant du début du XIXe siècle : un mélange de curiosité documentaire, d’admiration artistique et de fascination pour les cultures lointaines.

🌏 Une invitation au voyage

Avec ses pagodes, ses costumes, ses scènes de vie et ses paysages minutieusement représentés, La Chine de B. de Malpière demeure aujourd’hui encore une véritable invitation au voyage.

À travers ce trésor des collections patrimoniales, c’est tout un regard européen sur la Chine du XIXe siècle qui ressurgit : entre découverte, imagination et émerveillement.

📚 Ouvrage consultable à la bibliothèque sous la cote : In-Folio 572



mercredi 3 juin 2026

L’Astrolabe et le mystère de La Pérouse : une aventure maritime au cœur de notre rue

 


Dans notre bibliothèque, une nouvelle venue attire le regard : la maquette de L’Astrolabe. Derrière ses voiles et sa silhouette élégante se cache une histoire fascinante, faite de découvertes scientifiques, de voyages autour du monde… et d’un mystère maritime qui passionna toute l’Europe.

Son histoire résonne particulièrement pour nous, puisque notre bibliothèque est située rue La Pérouse.

De La Coquille à L’Astrolabe

Le navire que nous admirons aujourd’hui sous la forme d’une maquette n’est pas né sous le nom d’Astrolabe. Construit en 1811, il s’appelait d’abord La Coquille. Cette corvette de la Marine française, longue d’une trentaine de mètres et armée de quatorze canons, fut rapidement choisie pour des missions d’exploration scientifique.

Après un premier voyage autour du monde sous le commandement de Louis Duperrey, le navire fut confié en 1826 au navigateur et savant Jules Dumont d’Urville. C’est alors qu’il changea de nom pour devenir L’Astrolabe. Ce choix n’était pas anodin : il rendait hommage à un autre navire, disparu presque quarante ans plus tôt avec l’expédition de La Pérouse.

Dumont d’Urville, explorateur et scientifique

Jules Dumont d’Urville appartient à cette génération d’explorateurs du XIXᵉ siècle qui voyaient la mer comme un immense laboratoire. À bord de L’Astrolabe, il embarque des hydrographes, des naturalistes, des médecins et des dessinateurs.

L’expédition de 1826-1829 sillonne le Pacifique : Nouvelle-Zélande, Tasmanie, Fidji, Nouvelle-Guinée, îles Carolines et nombreuses terres encore mal connues des Européens. Les marins relèvent les côtes, corrigent les cartes et rassemblent des collections considérables de plantes, de roches et d’observations ethnographiques. Dumont d’Urville rapportera des milliers d’échantillons scientifiques et contribuera même à distinguer plusieurs grands ensembles culturels du Pacifique, popularisant les termes Mélanésie et Micronésie.

Quelques années plus tard, lors d’une seconde grande campagne menée avec L’Astrolabe et La Zélée, Dumont d’Urville se dirige vers les mers australes. Entre 1837 et 1840, l’expédition explore les régions antarctiques et prend possession pour la France d’une terre baptisée « Terre Adélie », en hommage à son épouse Adèle.

Le mystère de La Pérouse

Mais pour comprendre pourquoi L’Astrolabe porte ce nom, il faut remonter à la fin du XVIIIᵉ siècle.

En 1785, le navigateur Jean-François de Galaup, comte de La Pérouse, quitte Brest sur ordre de Louis XVI avec deux frégates : La Boussole et… un premier Astrolabe. Son expédition doit explorer le Pacifique, compléter les connaissances géographiques et rapporter des observations scientifiques. Après plusieurs années de navigation, les deux navires disparaissent mystérieusement après leur départ d’Australie en 1788.

La disparition frappe les esprits. La légende raconte que, la veille de son exécution en 1793, Louis XVI aurait encore demandé : « A-t-on des nouvelles de Monsieur de La Pérouse ? »

Pendant des décennies, nul ne sait ce qu’il est advenu des marins.

Vanikoro : retrouver les traces d’un drame

Lors de son voyage dans le Pacifique, Dumont d’Urville apprend qu’un capitaine, Peter Dillon, a découvert des objets pouvant provenir des navires de La Pérouse.

Il décide alors de se rendre à Vanikoro, dans l’archipel des îles Salomon.

Là, parmi les récifs, l’équipage de L’Astrolabe retrouve des ancres, des débris et des vestiges confirmant enfin le destin tragique de l’expédition disparue : les navires de La Pérouse avaient fait naufrage sur ces côtes en 1788. Dumont d’Urville recueille plusieurs pièces et fait ériger un monument à la mémoire des marins disparus.

Ainsi, L’Astrolabe de Dumont d’Urville ne fut pas seulement un navire d’exploration : elle fut aussi un bateau de mémoire.

Une maquette qui raconte une histoire

La maquette aujourd’hui exposée dans notre bibliothèque ne représente donc pas seulement un beau voilier du XIXᵉ siècle.

Elle raconte l’histoire d’hommes partis mesurer le monde, comprendre les océans et explorer des territoires lointains. Elle évoque aussi l’un des grands mystères maritimes français, celui de La Pérouse, dont le souvenir demeure vivant jusque dans le nom de notre rue.

Entre L’Astrolabe et la rue La Pérouse, le lien est donc profond : celui d’une mémoire maritime faite de curiosité scientifique, d’exploration et d’hommage aux navigateurs qui ont marqué l’histoire.




lundi 9 mars 2026

L’Amérique méridionale divisée en ses principaux États / sieur Janvier, 1762

 



📜Parmi les pièces remarquables conservées par la bibliothèque, la carte intitulée L’Amérique méridionale divisée en ses principaux États, réalisée en 1762 par Jean Janvier, géographe français actif dans la seconde moitié du XVIIIᵉ siècle, témoigne de l’état des connaissances et des représentations du monde à l’époque des Lumières.

🗺️Publiée à Paris chez le graveur et éditeur Lattré, cette carte s’inscrit dans une production cartographique destinée à un public cultivé, soucieux de mieux appréhender les réalités géographiques et politiques des territoires ultramarins. Jean Janvier appartient à une génération de cartographes qui, dans le sillage des grands noms du XVIIIᵉ siècle, contribuent à diffuser un savoir géographique en pleine structuration.

🌍La carte offre une lecture essentiellement politique du continent sud-américain, alors dominé par les puissances coloniales européennes, en particulier les couronnes espagnole et portugaise. Les divisions territoriales représentées renvoient aux grandes entités administratives de l’époque, bien éloignées des frontières actuelles. Elle illustre ainsi les logiques de domination, d’exploitation et de circulation propres aux empires atlantiques.

🧭Sur le plan scientifique, l’œuvre révèle également les limites des connaissances géographiques du temps. Si les littoraux sont relativement bien définis, les espaces intérieurs — notamment l’Amazonie — demeurent partiellement incertains. Cette tension entre précision et approximation caractérise la cartographie du XVIIIᵉ siècle, nourrie à la fois par les observations, les récits de voyage et les héritages antérieurs.

🎨Par la qualité de sa gravure sur cuivre, la clarté de son tracé et la présence d’un cartouche ornemental, cette carte conjugue exigences scientifiques et dimension esthétique. Elle constitue aujourd’hui un témoignage précieux des pratiques cartographiques et des représentations du monde au siècle des Lumières, tout en illustrant le rôle des éditeurs parisiens dans la diffusion des savoirs géographiques.

💡Carte consultable à la bibliothèque sous la cote C-AM Sud / 19

mardi 10 février 2026

Reseña histórica de la Expedición de Cochinchina / Carlos Palanca Gutiérrez, 1869

 

Un témoignage espagnol rare sur la conquête de l’Indochine

Lorsqu’on évoque la conquête de la Cochinchine au XIXᵉ siècle, le récit est le plus souvent raconté du point de vue français. Pourtant, cette entreprise militaire fut aussi une aventure franco-espagnole, et l’Espagne y engagea des troupes venues principalement des Philippines. C’est précisément ce regard espagnol que donne à voir un ouvrage aujourd’hui peu connu : la Reseña histórica de la Expedición de Cochinchina, publiée en 1869.

Un ouvrage officiel et engagé

Écrit par Carlos Palanca Gutiérrez, commandant du contingent espagnol durant la campagne (1858–1862), le livre n’est ni un simple récit de voyage ni une chronique a posteriori. Il s’agit d’un témoignage de première main, rédigé par un officier supérieur soucieux de consigner les faits, de défendre l’action de ses hommes et de fixer une mémoire officielle de l’expédition.

L’ouvrage est explicitement dédié à l’Armée espagnole (« Dedicada al Ejército »), ce qui en dit long sur son ambition : inscrire l’engagement espagnol dans l’histoire militaire nationale, à une époque où le pays cherche à réaffirmer son rôle international.

L’auteur : Carlos Palanca Gutiérrez

Né en 1819, Carlos Palanca Gutiérrez est un officier de carrière, promu mariscal de campo. Envoyé en Cochinchine comme chef des forces espagnoles, il agit en coordination avec le commandement français, tout en représentant les intérêts de Madrid.

Dans l’édition originale de 1869, un frontispice gravé le représente en uniforme. Ce portrait n’est pas anodin : il affirme l’autorité de l’auteur et rappelle que le livre est aussi un acte de responsabilité publique. Palanca écrit en tant que commandant, mais aussi en tant que témoin direct d’une guerre lointaine, marquée par des difficultés logistiques, sanitaires et politiques.

Une introduction hautement politique

Dès les premières pages, Palanca s’adresse à Son Excellence le général comte de Reus, Juan Prim y Prats, figure majeure de l’Espagne de l’après-Révolution de 1868 et président du Conseil en 1869. Cette adresse place l’ouvrage dans un contexte très précis : celui d’une Espagne en pleine recomposition politique, cherchant à reconnaître et à valoriser l’action de son armée.

Une source à valeur quasi archivistique

L’un des grands intérêts de la Reseña histórica réside dans l’abondance de documents officiels qu’elle reproduit : correspondances, ordres, rapports et dépêches échangés entre Palanca, les autorités espagnoles et le commandement français. Ces pièces donnent au livre une dimension presque archivistique et en font une source primaire essentielle pour les historiens de la colonisation et de l’histoire militaire.

Un regard espagnol sur une histoire souvent racontée par d’autres

Au-delà de l’événement militaire, l’ouvrage révèle une autre manière de percevoir la conquête de la Cochinchine : alliances parfois fragiles, rivalités implicites, sentiment d’honneur national et volonté de reconnaissance. À ce titre, le livre de Palanca constitue un contrepoint précieux aux récits français dominants.

👉Conservée dans son édition originale de 1869, complète de son frontispice, la Reseña histórica de la Expedición de Cochinchina est à la fois un document historique majeur et un objet patrimonial rare, témoin d’un épisode oublié de l’histoire coloniale européenne.

📚Ouvrage consultable à la bibliothèque sous la cote 68.873