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lundi 9 mars 2026

L’Amérique méridionale divisée en ses principaux États / sieur Janvier, 1762

 



📜Parmi les pièces remarquables conservées par la bibliothèque, la carte intitulée L’Amérique méridionale divisée en ses principaux États, réalisée en 1762 par Jean Janvier, géographe français actif dans la seconde moitié du XVIIIᵉ siècle, témoigne de l’état des connaissances et des représentations du monde à l’époque des Lumières.

🗺️Publiée à Paris chez le graveur et éditeur Lattré, cette carte s’inscrit dans une production cartographique destinée à un public cultivé, soucieux de mieux appréhender les réalités géographiques et politiques des territoires ultramarins. Jean Janvier appartient à une génération de cartographes qui, dans le sillage des grands noms du XVIIIᵉ siècle, contribuent à diffuser un savoir géographique en pleine structuration.

🌍La carte offre une lecture essentiellement politique du continent sud-américain, alors dominé par les puissances coloniales européennes, en particulier les couronnes espagnole et portugaise. Les divisions territoriales représentées renvoient aux grandes entités administratives de l’époque, bien éloignées des frontières actuelles. Elle illustre ainsi les logiques de domination, d’exploitation et de circulation propres aux empires atlantiques.

🧭Sur le plan scientifique, l’œuvre révèle également les limites des connaissances géographiques du temps. Si les littoraux sont relativement bien définis, les espaces intérieurs — notamment l’Amazonie — demeurent partiellement incertains. Cette tension entre précision et approximation caractérise la cartographie du XVIIIᵉ siècle, nourrie à la fois par les observations, les récits de voyage et les héritages antérieurs.

🎨Par la qualité de sa gravure sur cuivre, la clarté de son tracé et la présence d’un cartouche ornemental, cette carte conjugue exigences scientifiques et dimension esthétique. Elle constitue aujourd’hui un témoignage précieux des pratiques cartographiques et des représentations du monde au siècle des Lumières, tout en illustrant le rôle des éditeurs parisiens dans la diffusion des savoirs géographiques.

💡Carte consultable à la bibliothèque sous la cote C-AM Sud / 19

mardi 10 février 2026

Reseña histórica de la Expedición de Cochinchina / Carlos Palanca Gutiérrez, 1869

 

Un témoignage espagnol rare sur la conquête de l’Indochine

Lorsqu’on évoque la conquête de la Cochinchine au XIXᵉ siècle, le récit est le plus souvent raconté du point de vue français. Pourtant, cette entreprise militaire fut aussi une aventure franco-espagnole, et l’Espagne y engagea des troupes venues principalement des Philippines. C’est précisément ce regard espagnol que donne à voir un ouvrage aujourd’hui peu connu : la Reseña histórica de la Expedición de Cochinchina, publiée en 1869.

Un ouvrage officiel et engagé

Écrit par Carlos Palanca Gutiérrez, commandant du contingent espagnol durant la campagne (1858–1862), le livre n’est ni un simple récit de voyage ni une chronique a posteriori. Il s’agit d’un témoignage de première main, rédigé par un officier supérieur soucieux de consigner les faits, de défendre l’action de ses hommes et de fixer une mémoire officielle de l’expédition.

L’ouvrage est explicitement dédié à l’Armée espagnole (« Dedicada al Ejército »), ce qui en dit long sur son ambition : inscrire l’engagement espagnol dans l’histoire militaire nationale, à une époque où le pays cherche à réaffirmer son rôle international.

L’auteur : Carlos Palanca Gutiérrez

Né en 1819, Carlos Palanca Gutiérrez est un officier de carrière, promu mariscal de campo. Envoyé en Cochinchine comme chef des forces espagnoles, il agit en coordination avec le commandement français, tout en représentant les intérêts de Madrid.

Dans l’édition originale de 1869, un frontispice gravé le représente en uniforme. Ce portrait n’est pas anodin : il affirme l’autorité de l’auteur et rappelle que le livre est aussi un acte de responsabilité publique. Palanca écrit en tant que commandant, mais aussi en tant que témoin direct d’une guerre lointaine, marquée par des difficultés logistiques, sanitaires et politiques.

Une introduction hautement politique

Dès les premières pages, Palanca s’adresse à Son Excellence le général comte de Reus, Juan Prim y Prats, figure majeure de l’Espagne de l’après-Révolution de 1868 et président du Conseil en 1869. Cette adresse place l’ouvrage dans un contexte très précis : celui d’une Espagne en pleine recomposition politique, cherchant à reconnaître et à valoriser l’action de son armée.

Une source à valeur quasi archivistique

L’un des grands intérêts de la Reseña histórica réside dans l’abondance de documents officiels qu’elle reproduit : correspondances, ordres, rapports et dépêches échangés entre Palanca, les autorités espagnoles et le commandement français. Ces pièces donnent au livre une dimension presque archivistique et en font une source primaire essentielle pour les historiens de la colonisation et de l’histoire militaire.

Un regard espagnol sur une histoire souvent racontée par d’autres

Au-delà de l’événement militaire, l’ouvrage révèle une autre manière de percevoir la conquête de la Cochinchine : alliances parfois fragiles, rivalités implicites, sentiment d’honneur national et volonté de reconnaissance. À ce titre, le livre de Palanca constitue un contrepoint précieux aux récits français dominants.

👉Conservée dans son édition originale de 1869, complète de son frontispice, la Reseña histórica de la Expedición de Cochinchina est à la fois un document historique majeur et un objet patrimonial rare, témoin d’un épisode oublié de l’histoire coloniale européenne.

📚Ouvrage consultable à la bibliothèque sous la cote 68.873





mardi 13 janvier 2026

Como eu atravessei África / Alexandre de Serpa Pinto, 1881



📘Publié à Londres en 1881 par l’éditeur Sampson Low, Marston, Searle & Rivington, Como eu atravessei África est l’œuvre majeure de l’explorateur portugais Alexandre de Serpa Pinto. Cet ouvrage en deux volumes constitue un témoignage essentiel de la littérature d’exploration du XIXᵉ siècle et occupe une place remarquable parmi les trésors de notre bibliothèque.

Dans ce récit, Serpa Pinto relate sa traversée de l’Afrique australe, depuis la côte atlantique, en Angola, jusqu’à l’océan Indien. Cette expédition, menée dans les années 1870, s’inscrit dans une période où de vastes régions du continent africain restaient encore peu connues des Européens. L’auteur se présente à la fois comme voyageur, observateur scientifique et narrateur, mêlant aventure personnelle et volonté de connaissance.

👤Alexandre Alberto da Rocha de Serpa Pinto (1846–1900) est un officier de l’armée portugaise et l’une des figures majeures de l’exploration africaine au XIXᵉ siècle. Formé à la carrière militaire, il participe très tôt à plusieurs expéditions en Afrique, dans un contexte où le Portugal cherche à affirmer sa présence et son influence sur le continent. Sa grande traversée de l’Afrique australe, d’ouest en est, lui vaut une reconnaissance internationale et le place parmi les explorateurs européens les plus renommés de son époque. Serpa Pinto se distingue par sa volonté de combiner exploration, observation scientifique et cartographie, laissant une œuvre écrite et graphique importante. Ses récits, traduits et publiés à l’étranger, notamment à Londres, témoignent de l’intérêt que suscitait son travail bien au-delà du Portugal.

🔎L’ouvrage se distingue par la richesse de ses contenus. Au fil des pages, Serpa Pinto décrit les paysages traversés, les fleuves, les reliefs et les conditions climatiques, tout en livrant de nombreuses observations géographiques destinées à compléter les cartes de l’époque. Le récit accorde également une place importante aux peuples rencontrés, à leurs modes de vie, leurs coutumes et leurs structures sociales, offrant ainsi un aperçu ethnographique caractéristique des écrits du XIXᵉ siècle.

Illustré de cartes, gravures et croquis, souvent réalisés à partir des propres dessins de l’auteur, Como eu atravessei África est aussi un objet éditorial remarquable. Ces illustrations renforcent la dimension documentaire de l’ouvrage et témoignent du soin apporté à sa publication. L’édition londonienne de 1881 reflète l’intérêt international porté aux grandes expéditions africaines et à la diffusion du savoir géographique.


📗Aujourd’hui, cet ouvrage se lit à la fois comme un récit d’aventure et comme un document historique. Il permet de mieux comprendre le regard porté sur l’Afrique à la fin du XIXᵉ siècle, dans un contexte marqué par les explorations, les ambitions scientifiques et les enjeux politiques de l’époque. À ce titre, il constitue une source précieuse pour les chercheurs, les amateurs d’histoire, mais aussi pour tous les lecteurs curieux de découvrir les grandes pages de la littérature de voyage.

📚Ouvrage consultable à la bibliothèque sous la cote : 69.533





 

mardi 9 décembre 2025

Angkor the Magnificent : the wonder city of ancien cambodia / H. Churchill Candee, 1925

 


🌿 Angkor the Magnificent (1925) — Le regard d’Helen Churchill Candee sur la cité perdue d’Angkor
En 1925 paraît à Londres, chez H. F. & G. Witherby, un ouvrage somptueux intitulé Angkor the Magnificent: The Wonder City of Ancient Cambodia. Son autrice, Helen Churchill Candee, est une Américaine hors du commun : écrivaine, décoratrice d’intérieur, féministe, survivante du Titanic et grande voyageuse. Ce livre, tiré d’un séjour qu’elle effectua à Angkor en 1922, est l’un des tout premiers récits anglophones à faire connaître au grand public occidental les merveilles de la civilisation khmère.

🏯 Une œuvre fondatrice sur Angkor
À l’époque, les ruines d’Angkor sont encore peu connues hors d’Asie. Découvertes au XIXᵉ siècle par les explorateurs français, elles fascinent les archéologues, mais demeurent mystérieuses pour le grand public. Helen Churchill Candee décide d’y consacrer un livre après avoir exploré le site, accompagnée de son fils et de guides cambodgiens.
Dans Angkor the Magnificent, elle décrit avec une sensibilité rare les temples d’Angkor Wat, du Bayon, de Preah Khan, et les paysages environnants. Son regard mêle la curiosité d’une voyageuse éclairée et l’émotion d’une femme qui découvre la grandeur d’un monde oublié. Sa prose poétique évoque aussi la vie locale, les moines, les marchés et l’atmosphère presque surnaturelle des ruines envahies par la jungle.

📘 L’édition Witherby de 1925 : un bel objet de voyage
L’édition publiée par H. F. & G. Witherby, à Londres en 1925, constitue la première édition britannique de l’ouvrage, parue peu après la version new-yorkaise (Frederick A. Stokes Company, 1924).
Cette édition britannique, destinée à un lectorat cultivé et amateur d’orientalisme, se distingue par la qualité de ses photographies et son impression soignée.

✨ Un héritage durable
Angkor the Magnificent demeure une lecture incontournable pour qui s’intéresse à l’histoire d’Angkor et à la littérature de voyage.
Plus qu’un simple guide, c’est un témoignage d’émerveillement face à une civilisation redécouverte, et un texte où l’on perçoit la transition entre l’exploration coloniale et le tourisme culturel naissant.

📚Ouvrage consultable à la bibliothèque sous la cote : 69.781



mercredi 12 novembre 2025

Voyage à pied en Nouvelle-Calédonie et description des Nouvelles-Hébrides par Ch. Lemire, 1884

 


📘Publié en 1884 chez Challamel Aîné, Voyage à pied en Nouvelle-Calédonie et description des Nouvelles-Hébrides est l’un des rares récits d’exploration française consacrés à la Mélanésie à la fin du XIXᵉ siècle.
Son auteur, Charles Lemire (1839-1912), était à la fois administrateur colonial, explorateur et géographe. Né à Rouen, il mena une carrière au sein de l’administration française en Asie et dans le Pacifique, notamment en Cochinchine, en Nouvelle-Calédonie et dans les Nouvelles-Hébrides (aujourd’hui le Vanuatu).

📗Dans ce livre, Lemire raconte son voyage à pied à travers la Nouvelle-Calédonie, une aventure exceptionnelle à une époque où peu d’Européens s’étaient aventurés à l’intérieur de l’île.
Il décrit avec précision les paysages, la faune et la flore, la vie dans la brousse, mais aussi les coutumes des Kanak et les conditions de la colonisation française.
La seconde partie de l’ouvrage offre une étude géographique et politique des Nouvelles-Hébrides, alors partagées entre les influences françaises et britanniques.

Au-delà du récit de voyage, Lemire adopte le ton du fonctionnaire-observateur, mêlant descriptions ethnographiques, considérations économiques et ambitions impériales. Son regard reste marqué par les préjugés coloniaux de son époque, mais son texte demeure une source précieuse pour comprendre comment la France percevait et administrait ses territoires océaniens à la fin du XIXᵉ siècle.

🔍L’édition originale de 1884, illustrée de gravures et d’une carte dépliante en couleurs, est aujourd’hui rare et recherchée. Elle témoigne à la fois d’une époque d’exploration et d’une volonté de « faire connaître » ces territoires lointains aux lecteurs métropolitains.

📚Ouvrage consultable à la bibliothèque sous la cote : 61.129






mardi 14 octobre 2025

Images d'alizé / poèmes de Gilbert Aubry, linogravures originales de Raphaël Ségura, 1972


Ce recueil contient douze poèmes, accompagnés de treize lino-gravures signées par Ségura, dont deux illustrations en double page. 

L’ouvrage célèbre fortement l’Île de La Réunion, son paysage, son atmosphère, sa culture. On y voit un dialogue entre poétique et image, nature et mémoire, identité insulaire.

👉Gilbert Aubry est un poète réunionnais né en 1942, qui deviendra évêque de La Réunion en 1976.
Son œuvre poétique des années 1970 s’inscrit dans une recherche identitaire, à la fois intime et collective : comment dire La Réunion, terre créole, dans une langue héritée du français, mais habitée par des rythmes, des images et des souffles locaux.
Le titre "Images d’alizé" est déjà une clé : l’"alizé" renvoie au vent constant qui caresse l’île, souffle régulier venu de l’océan, porteur d’un imaginaire de voyage, de mémoire, de souffle vital.

👉Les thèmes majeurs
L’insularité
L’île est vécue comme enracinement et ouverture.
Le poète évoque paysages (volcans, ravines, forêts, océan), mais aussi la sensation d’être cerné par la mer, ce qui nourrit à la fois un sentiment d’appartenance et d’isolement.

La nature comme miroir de l’âme
Les alizés, les fleurs, la lumière, les ombres, sont autant d’images qui traduisent des états intérieurs.
La nature devient une métaphore de la mémoire et de l’identité créole.

La mémoire et l’histoire
Derrière l’élan lyrique, on sent une conscience de l’histoire de La Réunion : métissage, esclavage, migrations.
Les poèmes cherchent une « voix » propre à l’île, une manière de ne pas se dissoudre dans l’uniformité du français hexagonal.

La spiritualité
Même si ce n’est pas encore la poésie « mystique » de l’évêque qu’il sera, on trouve déjà une quête d’absolu, une recherche de souffle.
L’alizé peut être lu comme une métaphore spirituelle : le vent invisible qui relie l’homme à l’univers.

👉La langue et le style

Écriture imagée : beaucoup de métaphores naturelles, de correspondances entre vent, lumière et émotions.

Rythme lyrique : le poème épouse souvent le souffle de l’alizé, avec des phrases amples, fluides.

Dimension créole implicite : même si le recueil est écrit en français, il est traversé par un imaginaire créole, une manière de voir et de sentir le monde qui vient de l’insularité et du métissage culturel.

👉Le dialogue avec les gravures de Raphaël Ségura

Les lino-gravures (style souvent naïf, sobre, en noir et blanc) offrent une traduction visuelle de la poésie. Elles rappellent l’art populaire réunionnais, en donnant aux poèmes un ancrage concret dans l’île : scènes de paysage, silhouettes, symboles.

📚Notre édition est numérotée et signée : 221/250
Ouvrage consultable à la bibliothèque sous la cote : In-Folio 246







mardi 16 septembre 2025

Mémoire sur les mœurs, coutumes et religion des sauvages de l'Amérique septentrionale

 



👉L'auteur

Né vers 1644 et mort en 1717, Nicolas Perrot fut coureur de bois, interprète, diplomate et explorateur français. Vivant au contact des nations autochtones des Grands Lacs (Outagamis, Illinois, etc.), il participa activement aux échanges commerciaux et aux négociations diplomatiques, notamment lors de la Grande Paix de Montréal (1701).

👉Le Mémoire : un témoignage unique

Rédigé à la fin de sa vie, ce texte est une description ethnographique fondée sur plus de quarante ans d’expérience directe.

Thèmes abordés :

Mœurs et coutumes : vie quotidienne, organisation sociale, rites de passage

Religion et croyances : cosmologie, pratiques spirituelles, rôle des chamans

Relations diplomatiques : alliances, guerres, négociations avec les Français

Commerce des fourrures : moteur économique et politique de l’époque

Un récit subjectif, mais précieux : loin du regard missionnaire, Perrot livre une observation plus « profane » et pragmatique.

👉Notre édition

1864 – Première publication : par le jésuite Jules Tailhan, chez Arthur Franck, dans la prestigieuse collection Bibliotheca Americana, dédiée aux sources primaires sur les Amériques.

⇨ Fidèle au manuscrit connu, avec orthographe du XVIIᵉ siècle.

⇨ Une longue préface érudite qui resitue l’auteur, le manuscrit et les peuples décrits.

⇨ De nombreuses notes explicatives (vocabulaire, noms autochtones, contexte historique).

👀 Grâce à la collection Bibliotheca Americana et au travail du R.P. Tailhan, le Mémoire de Nicolas Perrot a traversé les siècles. Sa lecture reste incontournable pour qui s’intéresse à l’histoire coloniale, aux peuples autochtones et à l’historiographie du XIXᵉ siècle.

📘Notre exemplaire est consultable à la bibliothèque, cote In-8 2558